La remise

La plupart de ses fantasmes incluaient l’argent – l’objet-argent. Elle n’en parlait guère mais en vivait les scénarios en stroboscope intime. L’échange, l’argent. Sa forme concrète d’euros, billets monopoly lancés sur la peau, retombant en feuilles mortes dans une caresse odorante d’encre secrète. Histoires et variantes. Un homme dans un bar. Costume, poivre et sel (plutôt poivre). Ou bien un gros (bedonnant) chauve. Ou bien. Quelques verres et des rires entre amis. Bande joyeuse. Il y a toujours de la musique dans l’air, ajoute t-elle. Un échange de billets, petits mots glissant sur le bar, le monnayage du tarif – conséquent. Un aimé, l’aimé est là, ne dit rien, se détourne sans hostilité particulière ni excitation. Juste une sorte de pesanteur impuissante. La négociation aboutit dans la remise du patron, entre deux caisses et dans une odeur de carton mouillé, par une étreinte classique, rapide et silencieuse – un silence demandé, compris. L’après reprend son cours par une tournée générale, les proches buvant un peu de sueur, en le sachant. L’ivresse floute les contours. Le rire est franc, sans latences. Après, il y a la fraîcheur du dehors et les relents de tabac froid. Le souvenir d’une histoire racontée s’y superpose. Un patron de bar faisant sursauter ses clients en tambourinant sur la porte des toilettes, derrière le comptoir. Il crie « sortez de là ! sortez de là ! ». Le troquet se transforme en théâtre avec faisceaux de regards, dont J.-L.M. qui décrit : la démarche lente de la fille, son pas élastique, ses couleurs vécues (le rouge sombre du corsage) – elle est suivie d’un homme vérifiant fébrilement sa mise et baissant les yeux –, l’éclat de son regard, à elle, avec la forme toute droite d’un défi – qui transforme ceux des consommateurs en miroirs entre complicité et nostalgie. Le sourire un peu sur le côté de J.-L. racontant.



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